Les Droits du Piéton en Gironde lutte pour le confort et la sécurité des déplacements à pied

Lettre Bimestrielle n° 11 - Novembre - Décembre  2004

 

 

Itinéraire mental d’un déplaceur de voitures…(Suite de la précédente lettre)

 

Aussi, petit à petit, je me suis mis à déconnecter mes interventions de mes simples déplacements en famille. En effet, entamer une discussion en leur présence était pénible, d’autant plus qu’outre la vision répétée de disputes, je ne pouvais plus m’occuper d’eux pendant les disputes. Ainsi, quand j’étais avec eux, je me mis à contourner les obstacles sans mot dire, et quand j’étais tout seul, j’entamais la discussion. Mais le résultat n’était pas satisfaisant. En effet, je me suis très vite aperçu que tout seul, les automobilistes me répondaient beaucoup plus brutalement, voire m’insultaient directement. Et c’est normal : devant de jeunes enfants, tout le monde tente de se modérer. Mais tout seul, je n’étais plus un papa, et personne ne comprenait pourquoi j’intervenais, alors que tout le monde était tranquillement mal garé.

Parallèlement aux discussions, je posais des papiers photocopiés au nom de notre association ou du Collectif « Partageons la Rue » qui faisaient poliment remarquer aux automobilistes qu’ils étaient mal garés. Ou parfois, n’ayant pas de papiers, je levais des essuies-glaces, c’était impressionnant car tout le monde autour des voitures comprenait le geste, et cette voiture qui était jusqu’à présent perdue parmi les autres était tout à coup mise en évidence. Les conducteurs n’appréciaient pas du tout. Souvent, quand certains arrivaient et voyaient leur essuie-glace levé, ils s’empressaient de le redescendre, puis repartaient en laissant la voiture mal garée. Comme quoi, faire dans l’incivique, ce n’était pas grave, mais se faire remarquer, ah non, quand même pas !

D’où une impression étrange : en effet, dans le but de demander un peu plus de respect et de civisme, je provoquais des discussions qui dégénéraient en disputes. J’ai mis longtemps à trouver une expression qui puisse caractériser ma démarche. Finalement, après mûre réflexion, j’ai trouvé : je « troublais le désordre public… » Il m’est arrivé de douter : devais-je continuer ainsi ? ou laisser faire ? et me taire ? ce qui était évidemment plus simple et plus confortable, mais inversement nous sommes déjà bien peu à avoir cette conscience, si nous,  nous nous taisons, qui parlera pour améliorer la condition des piétons ?…(à suivre)

Édito Circulation Itinéraire piéton Sécurité routière